Raison et Sentiments

Une position scabreuse.

Les personnes qui me connaissent savent ô combien il m’arrive d’être expressif sur les réseaux sociaux. Parfois même un peu trop au goût de certains. Les uns trouvent mes interventions aussi douces que de la guimauve, pour ne pas dire niaises. D’autres me qualifient de moralisateur. Qui dit mieux? La palme d’or revient sans doute à une amie qui m’a dit un jour, tout de go, que je me prenais pour « Dieu, le Père tout puissant ». 

« Dieu, le père tout puissant »? Je me suis toujours demandé pourquoi mes prises de parole suscitaient autant de critiques. Après tout, je n’attaque personne et je ne fais que partager mes opinions, bien que souvent non sollicitées. Ha si! Mes interventions font parfois référence à des expériences personnelles et aux leçons que j’ai pu en tirer. Elles reflètent mon état d’esprit du moment : on m’y voit tantôt aimant, heureux, rêveur, incompris, indigné … bref, des émotions pêle-mêle. Beurk! Assez! Trop c’est trop!

J’entends déjà certains d’entre vous me dire « mais quelle expérience peux-tu avoir du haut de tes 24 ans? Quelles leçons peux tu avoir tirées de la vie lorsque tu l’as encore devant toi? » À cela, je suis tenté de répondre : « Si seulement vous saviez. Si seulement vous saviez. »

La question à propos de la critique n’est pas tellement de savoir ce qui la provoque mais plutôt ce qui la motive. Quelle est l’intention de la personne qui l’émet? Pour aussi longtemps que je me suis posé la question, je n’ai jamais pu trouver de réponse rationnelle à la critique bête et méchante. S’agit-il d’un moyen objectif de pousser l’autre à progresser personnellement et de s’améliorer dans ses relations avec autrui? Ou, s’agit-il tout simplement d’un moyen égoïste d’essayer de prouver à l’autre qu’il ne sait rien? De le rabaisser au nom d’un amour qui prend des faux airs de bienveillance pour se montrer à soi-même que l’on veut bien mieux que l’autre? A méditer.

Pour ceux et celles d’entre vous qui s’en souviennent, j’ai écrit il y plus d’un an un article pour L’Etudiant Autonome. Intitulé Chapitre 1 : Ode au Partage, cet article soulignait le rôle de la vulnérabilité ou l’absence de vulnérabilité au quotidien. Se montrer vulnérable en société c’est faire preuve de faiblesse. D’ailleurs, on ne cesse de nous le répéter : « il ne faut pas perdre la face ». Tout commence au moment même de notre conception. Dans la course effrénée menée par les spermatozoïdes de notre père, c’est au plus rapide, au plus résistant d’entre eux, que revient l’honneur de féconder l’ovule de notre mère. Dans la cours de récréation, on est sujet aux brimades de ses camarades lorsqu’on se montre plus sensible que la « normale ». On devient « un bébé cadum » aux yeux des autres. Plus tard, ils diront : « une baltringue ». Lors d’un débat politique ou d’une négociation, il faut se montrer plus fort que son adversaire. Ne pas trahir ses faiblesses. La langue anglaise dispose d’une fabuleuse expression qui décrit parfaitement l’attitude que l’on adopte lorsque l’on souhaite paraître impassible : montrer sa « poker face ». N’est-ce pas que Lady Gaga nous aura au moins appris une chose?

L’écrit reste, la parole aussi.

Une chose est certaine, nous ne devons pas sous-estimer le pouvoir de la critique et à fortiori celui des mots. Maya Angelou disait : « les mots ont une vie. (…) Ils s’incrustent dans vos mûrs, traversent votre papier peint, s’infiltrent sous votre tapisserie, dans vos meubles, jusque dans vos vêtements avant de vous atteindre. » D’où l’importance de choisir ses mots, de les envelopper de compassion (au sens de souffrir avec) en se rappelant que l’on s’adresse à un être de chair, de sang et d’esprit doté de sentiments. Lorsque mon amie m’a dit que je me prenais pour « Dieu, le père tout puissant », ni elle, ni moi-même de pensions que ces paroles résonneraient encore dans mon esprit six ans plus tard. Ni elle, ni moi-même ne nous doutions de l’impacte que ces paroles auraient sur moi. L’ironie est qu’elle ne s’en souvient probablement pas alors que moi si.

Depuis que j’ai lancé ce carnet de bord, j’ai souvent du faire face à un combat intérieur : comment déterminer ce qui est de l’ordre du personnel ou de l’intime? Dans ces moments de doute, il me suffit de fermer les yeux et de me rappeler, une par une, les raisons qui m’ont amené vers une telle entreprise. « Quelles étaient mes réelles intentions? », me demandé-je. De cette brève introspection germe généralement la réponse suivante : il ne s’agit pas ici de jouer les marchands de sable. Autrement dit, je ne souhaite pas partager mon expérience dans le simple but de faire rêver, d’attiser l’envie ou la jalousie. De montrer ô combien ma vie est parfaite. Non! Tout comme l’a fait pour moi une certaine Aminata Dembele, je souhaite à mon tour en encourager plus d’un à faire une chose dont ils ne se pensaient pas capables, à sortir de leur zone de confort. Si cela implique que je sorte moi-même de la mienne et que je m’expose à la critique qu’elle soit bienveillante, constructive ou non, qu’il en soit ainsi. Mais attendez, serait-ce Dieu qui pointerait à nouveau le bout de son nez?

Sur le rêve.

Que serait la Littérature telle que nous la connaissons si Edgar Allan Poe avait choisi de ne pas se montrer vulnérable dans ses poèmes? Que serait le Cinéma si Almodovar ou encore Woody Allen en avaient fait de même? C’est parce que l’Homme est impuissant face aux conséquences inéluctables et destructrices des changements climatiques qu’il explore activement les possibilités d’une vie extraterrestre. C’est parce que nous assistons impuissants aux ravages causés par des maladies tels que le Sida et le cancer que nous investissons des centaines de millions d’euros dans le but de leur trouver une cure. Si se montrer vulnérable est un acte trop souvent perçu comme une faiblesse, n’oublions pas que celle-ci engendre la réflexion et avec elle l’espoir d’une vie meilleure. Néanmoins, faut-il encore prendre conscience de ses lacunes, les embrasser et les accepter pour ce qu’elles sont, sans les réprimer, sans en avoir honte.

À Aminata D, parce qu’il faut parfois savoir rendre à César ce qui lui appartient.

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